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Le blog de l'innovation et des médias

Les médias rivalisent d’innovation pour ne plus être « uberisés »

Des éditeurs des cinq continents ont partagé leurs expériences innovantes lors du récent sommet du Global Editors Network, à Barcelone. Confrontés à la baisse des revenus publicitaires et à l’essor du numérique, ils explorent de nouveaux contenus, canaux de distribution et modes de monétisation.

 

Des titres de presse, des groupes de télévision, des radios et des médias exclusivement en ligne, venus des États-Unis, d’Europe, de Dubaï, de Chine, d’Inde, du Brésil… Des éditeurs du monde entier ont réfléchi à l’avenir de l’information, à Barcelone du 17 au 19 juin, à l’occasion du sommet annuel du Global Editors Network (GEN). Un brainstorming géant, à l’image des défis que le numérique impose aux médias. Car le citoyen de 2015 n’attend plus qu’un journal soit imprimé pour s’informer de l’actualité pendant son petit-déjeuner. Depuis deux ans, la consultation des journaux papier s’effondre. Si les habitudes varient nettement en fonction de l’âge, on préfère globalement s’informer sur Internet, à tout moment de la journée, et prendre part au débat sur l’actualité. La télévision reste la source d’information majeure, mais même pendant le journal de 20 heures, l’attention du téléspectateur se détourne vers son smartphone à la moindre alerte reçue.

Les médias n’ont pas attendu cette étude pour développer des applications mobiles. Les utilisateurs de smartphones les téléchargent… mais ne les consultent pas. Sur smartphone, c’est par les réseaux sociaux que l’on trouve des articles à lire et surtout des vidéos à consulter et à partager. Au palmarès des sources d’information privilégiées, Facebook et ses homologues font désormais jeu égal avec la presse et les magazines, et les ont même supplantés aux États-Unis, au Brésil, en Irlande, en Australie, en Italie, en Espagne et en France.

À chaque pays son réseau social préféré

Les médias redoublent de créativité pour s’adapter à cette révolution. Depuis un an, le groupe de télévision américain CNN produit chaque jour des contenus conçus spécifiquement pour les réseaux sociaux, misant notamment sur Snapchat qui diffuse des vidéos auprès de ses communautés pendant vingt-quatre heures seulement (voir l’interview de Samantha Barry, ci-contre). Le groupe britannique BBC a lancé une cellule similaire, BBC Trending, qui développe depuis 2013 des contenus « pour Instagram, Facebook et Twitter quand nous travaillons en langue anglaise, et pour WeChat et Weibo quand nous travaillons dans les autres langues », précise sa responsable Anne-Marie Tomchak. Car à chaque pays son réseau social préféré. Les médias en quête d’internationalisation pour élargir leurs audiences s’efforcent d’en tenir compte. Le Figaro, pour sa marque Madame, a ainsi ouvert un cercle sur la plateforme WeChat pour fédérer les jeunes lectrices chinoises grâce à des contenus sur le thème du « chic parisien ».

Désormais, il faut « informer les lecteurs sur les sujets qui les intéressent ». Pour cela, les rédactions se tournent de plus en plus vers des outils d’analyse de l’audience et d’autres qui prédisent les buzz émergents. Les hérauts du journalisme d’investigation qui, comme Albert Londres, s’efforcent de « porter la plume dans la plaie » se pâment devant le déferlement de ces sujets pudiquement appelés « d’audience », version contemporaine de ce qu’on appelait hier « les insolites ». Si les médias conviennent que Buzzfeed a trouvé son public – et son modèle économique -, ils n’ont guère envie de se lancer à leur tour dans la production massive de contenus « LOL » ou « WTF » (comprendre : amusants ou déconcertants), soucieux de préserver les valeurs de leur « marque ».

Robots, vidéos et journalistes de données

Pour attirer le consommateur d’information, les rédactions lui offrent d’interagir avec les journalistes non plus après la parution de leurs analyses, mais au moment même de leur production. SkyNews teste cette formule via la plateforme Periscope : pendant que le reporter évoque une actualité en vidéo, il voit défiler à l’écran les questions des internautes et s’efforce d’intégrer les réponses dans le déroulé de son commentaire.

D’autres comme David Montgomery, le PDG de Local World et ancien directeur général du groupe Mirror, veulent donner les clés de la rédaction aux internautes, via une plateforme d’informations locales produites par les lecteurs eux-mêmes, et où le rôle du journaliste se limite à animer la une, sans aucun travail de vérification.

Pour livrer à l’audience impatiente un contenu dense en peu de temps, la rédaction de certains articles est déléguée à des robots (voir encadré). Les algorithmes de la société israélo-américaine Wibbitz convertissent automatiquement des articles écrits en sujets vidéo. Car la vidéo a le vent en poupe : plus synthétique qu’un texte, plus facile à partager, plus « engageante ». Désormais confucianistes, les éditeurs clament qu’« une image vaut mille mots ». Et recrutent des journalistes de données pour produire une information à base de données chiffrées, et synthétisées sous forme de graphiques.

D’autres misent à l’inverse sur la subjectivité du jeu vidéo pour sensibiliser à un fait de société. La startup américaine Emblematic Group a ainsi réalisé les premiers scénarios immersifs – sur la guerre en Syrie ou encore sur la violence conjugale – qui se découvrent avec un masque de réalité virtuelle sur les yeux, sans chiffres, ni faits, ni commentaires.

presse-en-ligne

La créativité des médias est au zénith.

JM Khouri

 

http://www.latribune.fr/technos-medias/medias/les-medias-rivalisent-d-innovation-pour-ne-plus-etre-uberises-491743.html

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Cette entrée a été publiée le 11 mai 2016 par .
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